Marie-Joseph


Auteur / compositeur :
Jean-Claude Goldschmit / Patrick Laviosa

 

Marie-Joseph, c'est la seule chanson sur laquelle je n'ai rien fait, si ce n'est la choisir. Elle était destinée à une chanteuse très connue, qui a eu le bon goût de la refuser. Moi, j'ai aimé la voir se déshabiller, se désintégrer tout au long de la chanson, comme un strip-tease émotionnel.

Dans le brouillard du périphérique
Toutes les lumières sont élastiques
Elles glissent sur mes lunettes noires
Comme des larmes sur un miroir


Je souffle sur mon poudrier
Juste un nuage pour y dessiner
Des lèvres, des yeux, un visage,
Une femme à qui je vais ressembler

Un beau masque de Marie-Joseph
Sur le velcro de ma féminité
A la consigne de chez Gillette
Mais rien n’est vrai, tout est truqué

Moi, je suis à vendre ou à louer
On m’visite pas, faut te décider
A moi seul, j’suis la Sainte Famille
Plus un garçon, pas encore une fille

J’suis une Marie-Joseph
Un peu Marie, beaucoup Joseph
Enfin c’est c’qu’y m’disent
Ceux qui le soir me bénissent
J’suis pas d’ta banquise
Ni du maquis, plutôt marquise
Pas un ouragan, rien qu’une brise
Un papa maman qui cicatrise

Dans le brouillard du périphérique
Toutes les lumières sont élastiques
Elles glissent sur mes lunettes noires
Comme des larmes dans un couloir


Moi, je suis un Jésus-la-tasse
Mes clous sont des aiguilles dégueulasses
J’ai un flipper à la place du cœur
Ça tape fort aux petites heures

Mes lettres d’amour se lisent en braille
Sur les petites annonces du journal
J’y crois tellement que j’y crois plus
Y’a-t-il une vie après le cul ?

La nuit a bien fait son travail
C’est banal mais elle peut m’emporter
Sans que personne se mette à gueuler
A me chercher ou à pleurer

Ici, y’a qu’des somnambules
Des file-moi trois thunes
La lune dans une flaque d’eau
Ma vie est en travaux
Dis, tu m’aimes combien ?
Aujourd’hui c’est demain
T’as vingt ans depuis dix ans
Arrête de dire que t’as pas l’temps

Dans le brouillard du périphérique
Toutes les lumières sont élastiques
Elles glissent sur mes lunettes noires
Comme des larmes sur un trottoir


Ça fait des années que je vis dans c’bordel
J’irai pas danser à la télé chez Mireille
Lui raconter mes deuils et mes dentelles
Mes bénédictions à l’eau de Javel

Je pisse debout contre les voitures
Sur la mort annoncée du futur
Je porte les bleus de mes déveines
L’image que je veux oublier de moi-même

Ni homme, ni femme
Ni emblème, ni diadème
Ni homme, ni femme
Ni le froid, ni la flamme
Cherche pas, rentre chez toi
Ne dis rien, y’aura pas d’happy end
Et c’est moi que tu trouves obscène

J’ai mal aux yeux, c’est samedi soir…